Lorsqu’un dossier de demande de logement social reste bloqué au stade de l’inscription à l’ordre du jour d’une CAL, le demandeur se retrouve dans un angle mort juridique. La commission d’attribution des logements ne rend aucune décision de refus formelle, ce qui complique la contestation. Comprendre les mécanismes de blocage et les leviers disponibles permet de sortir de cette impasse administrative.
Blocage avant la CAL : ce que le droit distingue d’un refus d’attribution
Le refus d’attribution intervient après examen du dossier en commission. Le blocage en amont, lui, empêche cet examen. Cette distinction change la nature du recours disponible.
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Un bailleur social ou un réservataire qui ne présente jamais un dossier en CAL ne produit aucun acte administratif contestable au sens classique. Le demandeur ne reçoit ni courrier de refus, ni motivation écrite. Cette absence de décision formelle constitue le principal obstacle pour les locataires.
| Situation | Acte administratif produit | Recours principal |
|---|---|---|
| Refus d’attribution après passage en CAL | Décision motivée de la commission | Recours gracieux auprès du bailleur, puis saisine du tribunal administratif |
| Dossier jamais inscrit à l’ordre du jour | Aucune décision formelle | Saisine de la commission de médiation DALO, recours hiérarchique interne (si CUS révisée) |
| Dossier radié sans motif sérieux | Radiation parfois non notifiée | Commission de médiation DALO (carence caractérisée) |
Le tableau met en évidence un déséquilibre : moins le bailleur agit formellement, plus le demandeur perd en leviers directs. C’est précisément ce vide que les procédures DALO et les conventions d’utilité sociale récentes cherchent à combler.
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Recours DALO et refus d’inscription en CAL : le lien renforcé depuis 2023
La commission de médiation DALO ne se limite pas aux cas où un logement a été refusé. Depuis les mises à jour du guide pratique de la DIHAL en 2023-2024, un dossier jamais présenté en CAL peut fonder une saisine DALO.
Plusieurs départements considèrent désormais le refus persistant d’inscrire une demande à l’ordre du jour comme un indice de carence caractérisée du bailleur ou de la collectivité. La commission de médiation peut rendre une décision favorable même sans décision formelle de refus d’attribution, ce qui représente un changement concret pour les demandeurs bloqués.
Conditions pour que la saisine aboutisse
La commission de médiation vérifie que la demande de logement social est active, que le numéro unique d’enregistrement est valide, et que le délai anormalement long est caractérisé au regard du département concerné. Le demandeur doit démontrer que sa situation entre dans les critères de priorité (hébergement précaire, suroccupation, insalubrité, par exemple).
- Vérifier que la demande de logement social est bien renouvelée et à jour avant toute saisine de la commission de médiation
- Rassembler les preuves du blocage : captures d’écran du portail de demande, courriers restés sans réponse, accusés de réception de relances
- Joindre tout document attestant de la situation de logement actuelle (quittances, attestation d’hébergement, signalement d’insalubrité)
Si la commission de médiation rend un avis favorable, le préfet dispose d’un délai pour proposer un logement adapté. En cas d’inaction du préfet, un recours devant le tribunal administratif permet de demander une injonction assortie d’une astreinte.
Recours hiérarchique interne au bailleur : une voie amiable créée par les CUS révisées
Les conventions d’utilité sociale renégociées depuis 2023 entre l’État et certains bailleurs sociaux introduisent un mécanisme encore peu connu. Un référent « gestion de la demande » doit motiver par écrit l’absence d’inscription à l’ordre du jour, dans un délai défini par la convention.
Ce recours interne présente un avantage tactique : il oblige le bailleur à produire une réponse écrite et motivée. Cette réponse, quelle qu’elle soit, crée un document exploitable pour une saisine ultérieure de la commission de médiation ou du tribunal administratif.
Limites de cette procédure interne
Tous les bailleurs n’ont pas encore intégré ce dispositif dans leur CUS. Le demandeur doit vérifier auprès de l’EPCI ou de la préfecture si le bailleur concerné est couvert par une convention révisée. En l’absence de cette procédure, la voie DALO reste le levier principal.

Saisine du tribunal administratif sans décision préalable de la CAL
Le tribunal administratif peut être saisi en cas de décision implicite de rejet née du silence gardé par l’administration. Lorsqu’un bailleur ou un réservataire ne répond pas à une demande explicite d’inscription à l’ordre du jour, le silence prolongé peut, sous certaines conditions, être assimilé à un refus contestable.
En pratique, cette voie reste plus lourde que la saisine DALO. Le demandeur doit avoir préalablement formulé une demande écrite d’inscription et attendre l’expiration du délai de réponse. La charge de la preuve repose sur le demandeur, qui devra démontrer l’inertie du bailleur.
En revanche, le recours contentieux devient pertinent lorsque le préfet, après une décision DALO favorable, ne propose aucun logement dans le délai imparti. Le tribunal peut alors prononcer une injonction de relogement assortie d’une astreinte financière versée au fonds d’aménagement urbain.
Stratégie de recours pour le locataire : quel levier activer en premier
Face à un dossier bloqué avant la CAL, l’ordre d’activation des recours suit une logique d’escalade.
- Adresser un courrier recommandé au bailleur demandant explicitement l’inscription du dossier à l’ordre du jour de la prochaine CAL, avec copie à l’EPCI compétent
- Si le bailleur dispose d’un référent CUS, saisir ce référent pour obtenir une réponse motivée par écrit
- Saisir la commission de médiation DALO sans attendre une décision formelle de refus, en documentant le blocage
- En cas de décision DALO favorable non suivie d’effet, saisir le tribunal administratif pour obtenir une injonction de relogement
La documentation du blocage constitue le fil rouge de cette stratégie. Chaque relance, chaque absence de réponse, chaque échange doit être conservé. Ces éléments forment le socle probatoire sur lequel repose la démonstration de carence devant la commission de médiation ou le juge administratif.
Le mécanisme de recours le plus accessible reste la saisine DALO, qui ne nécessite pas de représentation par un avocat et qui s’appuie désormais explicitement sur les situations de blocage avant la CAL. Les CUS révisées offrent un levier complémentaire, mais leur déploiement reste inégal selon les territoires et les bailleurs.
