Un dirigeant qui prépare la cession de son activité de nettoyage découvre souvent un décalage entre la marge qu’il pense dégager et celle qu’un acquéreur va réellement retenir. La différence tient rarement au chiffre d’affaires global : elle se joue contrat par contrat, dans l’écart entre les heures payées aux agents et les heures effectivement facturées aux clients. Comprendre cette mécanique avant de lancer le processus de cession change directement le prix de vente obtenu.
Heures payées contre heures facturées : le ratio qui fixe la marge réelle
Sur le terrain, on constate que la marge affichée dans un compte de résultat ne correspond pas toujours à la rentabilité opérationnelle d’un chantier. Le temps non facturé, celui des déplacements entre sites, des visites de devis, des réassorts de produits ou de la gestion administrative, réduit la marge réelle sans apparaître dans les lignes de facturation.
Pour un acquéreur, cette zone grise représente un risque. Avant de publier un mémorandum de cession, on a tout intérêt à rapprocher les heures payées des heures facturées sur chaque contrat. Ce travail de réconciliation met en lumière les chantiers qui portent la rentabilité et ceux qui la plombent.
Un portefeuille où ce ratio est documenté, contrat par contrat, rassure un repreneur bien plus qu’un EBE global. Dans le cadre d’une vente d’une entreprise de nettoyage, cette transparence permet de justifier le prix demandé avec des données vérifiables, pas avec des moyennes sectorielles.
Retraitement de l’EBE dans une société de propreté : ce que l’acquéreur recalcule
L’EBE retraité (excédent brut d’exploitation corrigé des charges et revenus non récurrents) constitue la base de valorisation dans le secteur de la propreté. L’acquéreur ne se contente pas du chiffre brut : il le reconstruit en intégrant plusieurs corrections propres à ce métier.

Les postes qu’un acquéreur retraite systématiquement :
- La rémunération réelle du dirigeant comparée à ce que coûterait un directeur d’exploitation salarié pour assurer les mêmes fonctions. Un dirigeant qui se verse peu pour gonfler le résultat sera corrigé à la hausse, et inversement.
- Les charges exceptionnelles ou non récurrentes : un litige prud’homal soldé, un investissement matériel ponctuel, une prime exceptionnelle versée une seule année.
- Les revalorisations salariales récentes. L’avenant salarial n° 27 du 18 décembre 2025, applicable à partir du 1er avril 2026, a fait évoluer les minima conventionnels dans la branche propreté. Les marges historiques doivent être retraitées pour refléter ces nouveaux planchers de rémunération.
- Le coût du turnover : recrutement, formation, perte de productivité pendant la montée en compétence. Un turnover élevé comprime la marge future et l’acquéreur l’intègre dans son calcul.
Ne pas anticiper ces retraitements, c’est laisser l’acquéreur fixer lui-même les corrections, souvent dans un sens défavorable au cédant.
Annexe 7 et transfert du personnel : l’impact sur la marge transmise
Dans le nettoyage, les contrats changent de prestataire, mais les agents restent souvent sur le site. L’annexe 7 de la convention collective de la propreté encadre la reprise conventionnelle du personnel sous certaines conditions. Ce mécanisme a une conséquence directe sur la marge que l’acquéreur percevra après la cession.
L’acheteur doit examiner les salariés affectés à chaque site, leur ancienneté, leur temps de travail et leur classification. Un contrat rentable sur le papier peut devenir déficitaire si le personnel transféré a une ancienneté élevée et des salaires supérieurs aux minima du marché.
En parallèle, la question du transfert des contrats de travail au sens de l’article L.1224-1 du Code du travail dépend de la réalité de l’entité économique transférée. Pour une activité reposant principalement sur la main-d’œuvre, l’analyse des équipes et des moyens opérationnels devient déterminante dans la structuration juridique de la cession (vente de fonds, cession de titres ou apport partiel d’actif).
Un cédant qui prépare un tableau détaillé par site, avec la masse salariale affectée, les conditions contractuelles et les dates d’échéance des marchés, donne à l’acquéreur une visibilité qui se traduit en confiance, et donc en prix.
Concentration du portefeuille clients et décote sur la valorisation
Un portefeuille où un seul client représente plus de 20 % du chiffre d’affaires expose l’acquéreur à un risque de perte brutal. La conséquence sur la valorisation est mécanique : plus le portefeuille est concentré, plus la décote appliquée est forte.
La diversification ne se mesure pas seulement en nombre de clients. Elle se lit aussi par type de secteur (tertiaire, santé, copropriété, industrie, collectivités) et par durée contractuelle. Un portefeuille composé majoritairement de contrats récurrents ou pluriannuels, avec des clauses permettant de répercuter les hausses de coûts via l’Index Propreté, présente un profil de marge plus stable qu’un portefeuille de prestations ponctuelles.

Avant la mise en marché, on peut agir sur deux leviers : renégocier les contrats les plus anciens dont les tarifs n’ont pas suivi l’évolution des coûts salariaux, et documenter la récurrence effective du chiffre d’affaires sur trois exercices pour démontrer la solidité du flux.
Structurer la cession avec un conseil spécialisé en propreté
Toutes ces questions de marge, de retraitement et de portefeuille convergent vers un point : la préparation en amont conditionne le prix final. Un dirigeant qui présente un dossier de cession avec des marges fiabilisées, un EBE retraité documenté et une cartographie claire de ses contrats négocie dans une position bien plus favorable.
Experys, cabinet indépendant de conseil en fusions-acquisitions, accompagne les dirigeants de PME et TPE de services, notamment dans le secteur du nettoyage et de la propreté. Chaque mission est conduite par un interlocuteur unique, de la première réflexion stratégique jusqu’à la signature.
Sans portefeuille de sociétés à placer, Experys défend exclusivement les intérêts de son client, que celui-ci soit cédant en préparation de retraite, acquéreur en croissance externe ou famille organisant une transmission. Le cabinet intervient sur l’ensemble du territoire français et dans la zone francophone.
La marge d’une entreprise de nettoyage ne se résume pas à un pourcentage global. Elle se construit contrat par contrat, se retraite poste par poste et se défend site par site face à un acquéreur. Un cédant qui maîtrise cette granularité avant d’engager le processus de vente garde la main sur la négociation.
