Un refus d’accès à une promotion, un simple commentaire sur le physique, et la carrière d’un salarié peut prendre une tournure inattendue. L’employeur, de son côté, reste souvent à l’abri, tant que le motif invoqué ne figure pas dans la liste noire dressée par la loi. Cette liste, en perpétuelle évolution depuis 1972, recense aujourd’hui plus de 25 motifs. Sexe, âge, origine, mais aussi domiciliation bancaire : le champ des critères s’est considérablement élargi.
Pourtant, malgré la multiplication des garde-fous juridiques, la discrimination ne disparaît pas. Les décisions de justice récentes soulignent la difficulté pour les victimes d’apporter la preuve de ce qu’elles subissent. Les entreprises s’exposent, elles, à des sanctions civiles et pénales dès lors qu’un manquement est établi.
Discrimination au travail : un phénomène encore trop répandu
La réalité de la discrimination au travail est tenace. Elle s’invite dans toutes les étapes de la vie professionnelle : embauche, avancement, rupture du contrat. Les chiffres relayés par le Défenseur des droits sont sans appel : près d’une réclamation sur deux concerne des discriminations en milieu professionnel. Recrutement, promotions, accès à la formation, fixation des salaires : le traitement discriminatoire s’infiltre partout où des décisions sont prises.
Pour mieux comprendre comment elle se manifeste, il faut distinguer plusieurs catégories reconnues par le Code du travail :
- Discrimination directe : refus d’embauche lié au sexe, à l’âge ou à l’origine.
- Discrimination indirecte : mise en place de critères apparemment neutres, mais qui désavantagent certains groupes.
- Injonction discriminatoire : ordre donné de pratiquer une discrimination.
- Discrimination systémique : ensemble de règles ou d’habitudes internes qui, sans être affichées, entretiennent des inégalités durables.
Empêcher un salarié ou un candidat d’accéder à un poste ou à une promotion pour un motif figurant sur la liste prohibée expose l’entreprise à des poursuites. Ce peut être l’origine, l’état de santé, le genre, la religion, les opinions politiques, l’orientation sexuelle, ou d’autres critères définis par la loi. La vigilance s’impose aussi sur la prévention du harcèlement et le respect de l’égalité dans toute offre d’emploi. Même sans intention manifeste, le simple constat d’un préjudice engage la responsabilité de l’employeur.
La discrimination indirecte échappe souvent à une identification immédiate. Une exigence de diplôme, un niveau de langue, un critère d’expérience : autant de filtres qui, sous couvert de neutralité, peuvent écarter certains profils. Les employeurs, mais aussi l’ensemble des acteurs du travail, doivent donc s’interroger sans relâche sur la portée de leurs pratiques, au-delà des apparences légales.
Quels sont les critères de discrimination reconnus par la loi ?
La loi française expose sans ambiguïté la liste des critères de discrimination à ne pas franchir. Trente-cinq motifs sont désormais visés, couvrant des aspects visibles, mais aussi des situations plus intimes ou administratives. Parmi les plus courants, on retrouve l’origine, le sexe, l’âge, l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Mais la liste va bien plus loin. Grossesse, situation de famille, handicap, lieu de résidence, appartenance réelle ou supposée à une ethnie ou une nation, opinions politiques, engagement syndical : autant de réalités protégées.
Voici quelques autres motifs que la loi interdit d’invoquer :
- État de santé et caractéristiques génétiques
- Apparence physique
- Nom de famille
- Capacité à s’exprimer dans une langue autre que le français
- Vulnérabilité liée à la situation économique
- Perte d’autonomie
Le droit évolue, s’ajuste aux transformations de la société. Les juges appliquent ces critères non seulement en cas de discrimination flagrante, mais aussi face à des pratiques déguisées, lors d’une embauche, d’une promotion ou à l’occasion d’une rupture de contrat. L’employeur est tenu d’en répondre, même sans preuve d’intention. La logique n’est plus seulement de sanctionner la volonté de nuire, mais de corriger tous les effets inégalitaires, qu’ils soient volontaires ou non.
Comment la discrimination impacte-t-elle la vie professionnelle et l’entreprise ?
Les ravages de la discrimination au travail ne se limitent pas à quelques cas isolés. Chaque décision injuste, chaque promotion refusée pour de mauvaises raisons, laisse des traces. Les conséquences se lisent dans les parcours professionnels brisés, les rémunérations inéquitables, l’accès freiné à la formation ou aux avantages sociaux. Même une rupture de contrat peut cacher une discrimination sous-jacente. Ces écarts, parfois subtils, sculptent des inégalités durables.
La discrimination directe s’affiche sans filtre lors d’un recrutement ou d’un licenciement. La discrimination indirecte s’exprime en creux, lorsque des critères neutres en apparence, mais déséquilibrés dans leur application, écartent certains candidats ou employés. Une offre d’emploi qui cible implicitement une tranche d’âge, une évaluation professionnelle calibrée pour un profil unique : l’égalité de traitement s’efface peu à peu.
Pour l’entreprise, le risque est concret. Les sanctions sont lourdes : jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende pour une personne physique, 225 000 euros pour une personne morale. La réputation peut s’effondrer, la cohésion des équipes se déliter, l’attractivité s’effriter. Les obligations de l’employeur ne se limitent pas à la théorie : une politique RH défaillante ouvre la voie à de longs contentieux, coûteux pour tous. Quand la discrimination systémique s’installe, c’est la capacité d’innovation, la fidélité des collaborateurs et la performance même qui s’en trouvent ébranlées.
Connaître ses droits pour agir face à la discrimination
La discrimination prend de multiples visages dans le monde du travail. Face à elle, la loi française a mis en place de solides garde-fous. En cas de doute, chaque victime dispose de plusieurs démarches à entreprendre. La première étape consiste à réunir des éléments concrets : contrats, échanges de courriels, témoignages, tout ce qui peut aider à construire un dossier solide. Le Code du travail a allégé la charge de la preuve : désormais, c’est à l’employeur de démontrer que sa décision est justifiée.
Si les faits le justifient, l’affaire peut être portée devant le Conseil de prud’hommes. Cette juridiction examine les preuves, interroge l’entreprise, évalue le préjudice subi. Le Défenseur des droits joue aussi un rôle central : il informe, oriente, peut enquêter, proposer une médiation ou accompagner dans les démarches.
Principaux recours en cas de discrimination
Voici les pistes à explorer pour faire valoir ses droits :
- Saisir le Défenseur des droits
- Agir devant le Conseil de prud’hommes
- Déposer une plainte pénale lorsque la situation relève d’un motif prohibé
En France, la protection des salariés s’applique à chaque étape du parcours professionnel, de l’embauche au licenciement. Les sanctions prévues poussent les entreprises à la vigilance. Savoir activer les bons leviers, s’entourer des bonnes personnes, c’est déjà reprendre la main sur sa trajectoire.
La liste des critères s’allonge, la vigilance aussi. Mais c’est dans les actes quotidiens, les décisions concrètes et les recours mobilisés que l’égalité progresse vraiment. À chacun d’en faire une réalité, pas seulement un principe affiché.

